Définition
« La noyade peut être définie comme une asphyxie mécanique provoquée soit par l'invasion des voies respiratoires par un liquide, soit par un arrêt cardio-respiratoire réflexe au contact de l'eau. »
En France, les noyades sont une cause majeure d\'accidents en période estivale, pouvant survenir en mer, en piscine, en lac, en rivière ou même en baignoire chez les très jeunes enfants.
noyades recensées chaque été
décès par an en France
Les deux types de noyade
La noyade primitive est une noyade asphyxique. La victime inhale de l'eau qui envahit ses voies respiratoires. Coloration bleutée (cyanose) de la peau due au manque d'oxygène.
La noyade secondaire est une noyade syncopale : elle est provoquée par une syncope (perte de connaissance) survenant dans l'eau ou au contact de l'eau. La glotte se ferme réflexivement — pas d'eau dans les poumons dans un premier temps. Peau pâle.
I. La noyade asphyxique « noyade bleue » — Noyade primitive
Inhalation d'eau par les voies respiratoires — cyanose (peau bleutée)
Forme la plus fréquente. La victime inhale de l\'eau qui envahit ses voies respiratoires. Elle survient chez les personnes ne sachant pas nager, ou épuisées, ou surprises par une vague.
Causes de la noyade asphyxique
Chute dans l'eau — principale cause chez l'enfant.
Fatigue musculaire, mer forte, courant trop fort, baïne.
Trouble de la conscience, crise convulsive, AVC, trouble du rythme cardiaque.
Plongeon en eau peu profonde — lésion de la moelle épinière.
Véhicule tombé à l'eau, naufrage, embarcation retournée.
Marin, travailleur sur pont ou barrage tombant à l'eau.
Les 5 phases de la noyade asphyxique
Schéma des 5 phases — de l'appel à l'arrêt cardiaque
Appel
La victime « bouchonne » en surface, appelle au secours, effectue des mouvements désordonnés.
Apnée réflexe
Fermeture réflexe de la glotte — arrêt respiratoire de défense similaire au plongeur.
Inhalation
Après 40–50 s, la glotte se rouvre. Reprise de ventilation avec inhalation massive d\'eau.
Asphyxie
Convulsions. Cyanose (coloration bleutée). Spume (écume blanche/rosée) aux lèvres.
Arrêt cardiaque
Apnée définitive. Arrêt cardiaque 2–3 min plus tard. Risque de lésions cérébrales.
Mécanisme détaillé
La victime tombe à l\'eau, se débat quelques instants en effectuant des mouvements précipités et désordonnés. Si elle n'est pas secourue rapidement, elle s\'épuise, s'étouffe, perd connaissance et coule.
Le contact du liquide au niveau de l\'arrière-gorge et de la glotte provoque sa fermeture et un arrêt respiratoire réflexe (apnée réflexe), semblable à celui du plongeur sous l'eau.
Après environ 40 à 50 secondes, la glotte se rouvre, et la victime effectue des inspirations profondes et violentes. Elle inhale alors de grandes quantités d\'eau. Une écume blanche, parfois teintée de sang, appelée spume (mélange d'eau et d\'air), apparaît aux lèvres et aux narines.
Puis surviennent des convulsions. La respiration s'interrompt (apnée définitive). Le cœur continue de battre encore deux ou trois minutes avant de s'arrêter.
Les 4 stades cliniques de la noyade asphyxique
État de la victime
- Consciente, épuisée, frissons, angoisse ou prostration
- Peut avoir « bu la tasse »
- Pas d'inhalation d'eau (pas d'eau dans les poumons)
- Ventilation normale ou légèrement accélérée
Conduite à tenir
- Surveiller conscience et ventilation
- Rassurer, réchauffer (couverture de survie)
- Surveiller l'évolution (risque de dégradation)
- Bilan et transmission au SAMU si nécessaire
État de la victime
- Consciente, a inhalé un peu d'eau
- Ventilation rapide, essoufflement, toux
- Possible rejet d'écume blanchâtre (spume)
- Épuisement, hypothermie, cyanose légère aux lèvres
Conduite à tenir
- Installer en position assise ou demi-assise
- 3ᵉ regard : fonction ventilatoire anormale
- Administrer O₂ (15 L/min)
- Couvrir la victime (couverture de survie)
- Alerter le 15 (SAMU)
- Réaliser le bilan et rassurer
État de la victime
- Troubles de la conscience ou inconsciente
- A inhalé une grande quantité d'eau
- Ventilation très rapide ou très lente
- Pouls rapide, cyanose marquée
- Spume (écume) aux lèvres et narines
Conduite à tenir (inconsciente qui respire)
- Réaliser une PLS (Position Latérale de Sécurité)
- Couvrir la victime
- O₂ en inhalation
- Passer l'alerte (15)
- Bilan complet
- Préparer l'aspirateur à mucosités
État de la victime
- Arrêt ventilatoire ou cardio-ventilatoire
- Présence massive d'eau dans les poumons
- Aucune oxygénation du sang possible
- Cyanose très accentuée
- Absence de conscience et de réflexes
Conduite à tenir
- 5 insufflations protégées (masque, BAVU)
- En absence de réaction :
- → Masser (RCP — 30 compressions / 2 insuff.)
- → Défibriller (DSA)
- → Alerter (15 — SAMU)
- → Oxygéner (BAVU)
- Préparer l'aspirateur à mucosités
| Stade | Nom | Conscience | Ventilation | Eau dans poumons | Action clé |
|---|---|---|---|---|---|
| Aquastress | Consciente | Normale | Non | Rassurer, surveiller | |
| Petite hypoxie | Consciente | Rapide, toux | Peu | Demi-assise, O₂, SAMU | |
| Grande hypoxie | Trouble/Inconsciente | Anormale | Oui | PLS, O₂, alerte | |
| Anoxie | Absente | Arrêt | Massive | 5 insuff. → RCP + DSA |
II. La noyade syncopale « noyade blanche » — Noyade secondaire
Syncope dans l'eau — glotte fermée — peau pâle
La noyade secondaire est une noyade syncopale : elle est provoquée par une syncope (perte de connaissance brutale) survenant dans l\'eau ou au contact de l'eau, pour une cause indépendante de la noyade (choc thermique, cause médicale, traumatisme…).
La glotte se ferme lors de la perte de connaissance : il n'y a pas d'eau dans les poumons dans un premier temps. La peau est pâle — d'où le nom de « noyade blanche ».
Causes de la noyade syncopale
Une pathologie préexistante peut provoquer une perte de connaissance soudaine dans l'eau :
- Épilepsie — une crise convulsive dans l\'eau entraîne une perte immédiate du contrôle musculaire.
- Trouble du rythme cardiaque (arythmie, fibrillation) — arrêt circulatoire soudain.
- Hypoglycémie chez un diabétique — malaise brutal pouvant conduire à la perte de conscience.
L'apnée syncope est une perte de conscience momentanée, produite en réaction à un manque d'apport d'oxygène au cerveau. Elle ne dure que quelques secondes et est suivie d'une reprise réflexe de la ventilation avec le retour à la conscience si la victime à les voies aérienne hors de l'eau.
En soi, la syncope n'est pas dangereuse et ne laisse pas de séquelles. Le danger provient uniquement de l'environnement et du temps : le manque d'O₂ dans le cerveau fini par l'altérer.
La cause principale est l'hypoxie : le taux d'O₂ chute trop bas lors d'un effort prolongé ou quand l'apnéiste repousse volontairement l'envie de remonter pour améliorer ses performances.
En repoussant l'envie de respirer, l'apnéiste continue à consommer de l'oxygène et peut atteindre un seuil critique au-dessous duquel le cerveau commande la syncope.
Normalement, c'est l'augmentation du CO₂ qui déclenche l'envie de respirer, bien avant d'atteindre le seuil critique de syncope. L'hyperventilation abaisse artificiellement le CO₂ avant la plongée.
Apnée normale
CO₂ ↑ → envie de respirer → remontée → sécurité
sauf si la victime n'écoute son corps pas et veut battre un record -> syncope
Après hyperventilation
CO₂ artificiellement bas → signal d'alerte absent → syncope sans avertissement
L'hyperventilation est à proscrire absolument
Elle fait courir un risque de mort sans apporter de bénéfice réel en oxygène (les réserves sont déjà à 100 % lors d'une ventilation normale). Interdite en piscine. Déconseillée en toute baignade collective.
Un choc violent sur une zone réflexogène peut provoquer une perte de conscience brève, de type KO. Exemples : coup de ballon en pleine face, ballon reçu dans le ventre, choc à l'oreille. La perte de conscience survient immédiatement et la victime coule sans pouvoir réagir.
Un traumatisme crânien avec perte de connaissance peut survenir lors d'activités nautiques :
- Plongeon dans le petit bain ou en eau peu profonde
- Chute en bord de bassin (la tête heurte le rebord)
- Coup de bôme lors d\'un virement de bord en voile
- Éjection d\'un engin nautique (ski nautique, surf, wakeboard)
Des accidents allergiques rares peuvent survenir au contact de l'eau, liés à la présence de micro-organismes (méduses, algues, bactéries) ou de polluants chimiques. Un choc anaphylactique sévère peut entraîner une perte de conscience dans l'eau.
Trouble de l'adaptation à l'eau souvent mis en relation avec une importante différence de température entre la surface de la peau et l'eau. Il existe une très grande sensibilité individuelle.
Lorsqu'on entre brutalement dans une eau froide, le corps peut réagir par un choc thermodifférentiel, entraînant une perte de conscience ou un arrêt du cœur.
Explication : le corps est agressé par le changement brusque de température. Pour protéger les organes vitaux, le sang afflue vers eux :
- vers le cœur → risque d'arrêt cardiaque
- vers le cerveau → perte de conscience
Plus l'eau est froide, plus le risque est important. Pour les adultes, le risque s'accroît si la température de l'eau est inférieure à 16°C. Pour les enfants, l'eau ne doit pas être inférieure à 18°C.
Pour ne pas favoriser ces accidents :
- Ne pas se baigner juste après un repas copieux (dans les 3 heures — digestion)
- Ne pas se baigner après une exposition prolongée au soleil
- Ne pas se baigner après un exercice physique intense → bien organiser la baignade dans le planning ACM
- Ne pas entrer brutalement dans l'eau → entrer progressivement en mouillant les extrémités (jambes, bras, nuque)
L'hypothermie est l'une des causes aggravantes les plus importantes de la noyade. L'exposition prolongée à l'eau froide entraîne une baisse progressive de la température corporelle centrale, une altération des fonctions cérébrales et musculaires, pouvant aller jusqu'à la perte de connaissance.
Signes d'alarme
Conduite à tenir — noyade syncopale
Rappel clé : glotte fermée → pas d'eau dans les poumons initialement
Lors du remorquage
Si la perte de connaissance est récente, une bascule de la tête en arrière peut suffire à relancer la respiration.
Sortie ventrale
La compression abdominale (type Heimlich passif) peut déclencher une reprise respiratoire spontanée.
Si pas de respiration
5 insufflations protégées, puis si sans réaction → RCP + DSA + alerter (conduite ACV).
Épidémiologie de la noyade chez les jeunes
Données essentielles pour le BSB en ACM
1ère cause de mortalité par accident de la vie courante
La noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans en France.
Données par tranche d'âge — implications pour le BSB
Lieu : Piscine privée familiale
Rarement suivies de décès
Circonstances :
- Manque ou relâchement de la surveillance de l'adulte responsable
- L'enfant ne sait pas nager ou peut avoir une réaction non adaptée
Lieu : Mer, piscine (privée et publique), cours d'eau et plan d'eau
Peu suivies de décès
Circonstances :
- Épuisement
- Ne pas savoir nager
- Manque de surveillance
- Chute
- Courants et baïnes (milieu naturel)
Lieu : Milieu naturel — mer, cours d'eau, plan d'eau
Proportion de décès plus élevée en cours d'eau et plan d'eau qu'en mer
Circonstances :
- Épuisement
- Présence de courants et baïnes
Synthèse — Types de noyade
| Catégorie | Type | Nom usuel | Mécanisme | Glotte | Eau dans poumons ? | Couleur de la peau |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Asphyxique | Inhalation d'eau primaire | Ouverte initialement (puis après apnée réflexe) | Oui | Bleutée (cyanose) | ||
| Syncopale | Syncope → perte de connaissance → glotte fermée réflexivement | Fermée | Non (initialement) | Pâle |
Principes communs à toute prise en charge de noyade
Lors du remorquage
Basculer la tête en arrière pour débloquer la glotte et permétre la reprise ventilatoire.
Sortir de l'eau
Extraire la victime de l\'eau le plus rapidement et le plus sûrement possible, sans mettre le sauveteur en danger.
Ne pas retourner
Ne jamais retourner une victime sur le ventre pour « vider l\'eau » — manœuvre inutile et dangereuse. Évacuer directement.
Alerter tôt
Alerter le 15 (SAMU) le plus tôt possible, même si la victime semble récupérer (risque OAP différé).
5 insufflations d\'abord
Contrairement à la RCP standard, débuter par 5 insufflations avant les compressions thoraciques — la noyade est avant tout une asphyxie.
Couvrir et surveiller
Couvrir systématiquement (risque d\'hypothermie) et surveiller en continu l'évolution, même aux stades 1 et 2 (dégradation possible).
QCM — noyade
10 questions tirées aléatoirement dans ce chapitre. Certaines questions acceptent plusieurs réponses correctes — cochez toutes les bonnes réponses.
65/ L’hydocution :
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